Francischu 4 – le plan

Pour clôturer ce mois passé dans la communauté (quasi) autonome et sans énergie ajoutée (pas de pétrole et pas d électricité), nous avons bricolé un petit plan d’ ensemble du lieu. Bien entendu, c’est totalement subjectif et ça n’est pas du tout à l’échelle.

Frankichou 3 : une journée typique

Après quelques articles dans lesquels nous avons partagé nos sensations, nous avons voulu décrire ce qu’est une journée « classique » au cœur de la communauté Francischu.

Aux aurores : traite des brebis. Un peu tard levés, nous n’y avons assisté qu’une seule fois. La plupart du temps ce sont Jul (prononcer Ioule) ou Romain qui s’en chargent. Les brebis se bousculent pour se faire traire, parce que c’est aussi l’occasion pour elles de grignoter une poignée de maïs !


Peu après : avec le lait frais, Reinard confectionne une tomme, du fromage ou du yaourt (suivant son envie, la chaleur ou les diverses réclamations). Nous le retrouvons souvent devant la cuisinière, absorbé par le journal des infos allemandes, capté sur une petite radio à piles. Ensuite avait lieu la préparation de la nourriture pour les chats (avec les déchets de viande ou de poisson que nous ne manquions pas de demander au spar du coin – babylone, pour les frankichois). Petit à petit, chacun se réveille pour le petit-déjeuner. Classique café, tartines de confitures et de fromage frais. 

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Avant qu’il ne fasse trop chaud, nous vaquons à diverses activités. Débroussaillage de maquis et taille d’olivier : il faut élaguer au maximum pour contenir un éventuel incendie. Ce qu’on a coupé, on le donne aux brebis (salsepareille, olivier), le reste est empilé pour le feu du soir. Sinon nous faisons quelques réparations (en l’occurrence celles des vélos et du portail). Jardinage et bûcheronnage sont aussi au programme. Pendant ce temps, certains s’occupent de préparer le repas, ce qui prend facilement quelques heures : aller chercher du bois pour la cuisinière, se promener dans le jardin pour faire son marché, repérer ce qui est mûr, ce qui est encore bon, récolter diverses herbes aromatiques… La cuisinière fonctionne au bois, il faut anticiper toutes les étapes de la cuisson ! Ajouter de petits fagots pour mettre le feu vif ou fermer la porte du foyer pour baisser la température. 

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Midi : ceux qui ont préparé le repas crient un HOU de ralliement, auquel repondent – HOU – ceux qui ont entendu. On mange tous ensemble. Souvent des pommes de terre, des choux, des haricots et des sauces à base de fromage de brebis.

Après-midi : on fait la sieste le plus souvent. Lecture pour ceux qui ne veulent pas dormir, parties d’échecs ou bien guitare et activités artisanales. On a quelques fois préféré fuir vers la plage et s’étaler sur le sable, plonger ou pêcher des mulets. Vers 16h ou 17h, on reprend tranquillement les activités. Certains vont planter le sorgho dans le champ de l’enfer (pas d’arbre, un soleil qui tombe droit sur le crâne) : c’est une céréale idéale pour le fourrage des brebis. D’autres désherbent les plantes aromatiques ou ramassent des patates. Il y en a même qui construisent des buttes permanentes en rotin d’olivier, ce qui permettra de faire pousser des carottes dans une terre suffisamment sableuse.

Le soir : nous arrosons systématiquement tout le jardin avec plusieurs tuyaux et réservoirs. Ce qui prend environ une heure. On en profite aussi pour laver les humains, au tuyau-douche au milieu des tomates et des figuiers. Il faut rentrer les brebis dans l’étable, les poules dans le poulailler et les canards dans la mare. Une fois que tout le monde est bien rangé, qui sur son duvet, qui sur foin, on se réunit à nouveau à la grande table pour le repas du soir. Celui-là reste froid (on s’économise de la cuisine, de la vaisselle et du bois) avec des tartines de confiture, de fromage ou de pâté d’agneau. Ensuite on organise un vaste plan d’évasion pour contrer le filet de moustiques qui nous est tombé dessus : direction Le coin du feu. Et nous organisons des flambées spectaculaires avec les amas de ronces arrachées plus tôt du maquis. Ce sont des feux contenus, bien sûr, éloignés de toute végétation. Passé 22h et le dernier avion de l’aéroport, voisin, la plupart des frankichois sont couchés.

 

Il y avait aussi des journées spéciales. Une fois par semaine, tout d’abord, celle de la confection du pain. Une autre fois, nous avons fêté les 2 ans de Lilas : sortie sur une colinette superbe, constituée d’un dédale de pierres rondes et concaves, d’environ 7 mètres de haut. Pierre a trouvé de belles lignes dans le rocher, qui en feraient un terrain de jeux idéal pour le bloc (escalade). Le 21 juin, nous avons aussi organisé une mini-fête de la musique (à l’occasion de laquelle nous avons monté une petite scène de concert et invité quelques habitants de la communauté voisine). Nous avons joué et dansé un bonne partie de la nuit.

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Nous sommes désormais loin de Francischu. Pour donner une impression générale de notre rencontre, nous tenons a dire que c’est l’une de nos meilleures expériences de woofing. Cela tient surtout aux frankichois, avec lesquels nous nous sommes très bien entendus, mais aussi à la beauté mystico-soleillée des lieux. Aux chansons, sans doute aussi. Nous avons hâte d’y retourner – accompagnés de toi, vous, nous – volontiers!

Les clichés corses

« T’es déjà allé en Corse? »
« Non »
« Tu vas aimer, tu vas voir. Y a la mer et la montagne. Faut absolument que t’ailles à [insert random touristic place]« 
Voilà en teneur la conversation la plus courante que nous avions avant de partir sur l’île de beauté (sic). La Corse et les corses, ça fait rêver et ça allume tout de suite une case bien précise de notre cerveau au rayon préjugés régionaux. Après avoir passé un mois en Corse, voilà ce que nous pensons de ces clichés, lesquels sont vrais, lesquels sont seulement dans « Astérix en Corse » et ceux que nous avons découverts.
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Les clichés certifiés authentiques :
  • Y a la mer et la montagne. On a vérifié in situ
  • C’est trop beau
  • Les sangliers (et les sanglichons – sorte de cochons sauvages)
  • Les insulaires ne sont pas accueillants accueillantes – dans les zones touristiques
  • L’accent façon Le Parrain
  • Les panneaux repeints par un 38 mm (impacts de balles)
  • Les chants corses
  • La sieste
Ce qui est faux :
  • La bonne charcuterie et le bon fromage. Soit la qualité n’est pas exceptionnelle, soit c’est hors de prix
  • Les locaux ne sont pas accueillants – hors des zones touristiques
  • Le fromage avec les vers dedans (le seul qu’on ait vu c’est celui qu’on a laissé moisir à l’air libre une semaine)
  • Ils sont fachos (ben pas plus qu’ailleurs en France – nous a-t-il semblé)
  • La loi du silence. Ça n’existe pas, ca n’a jamais existé. Je ne sais pas de quoi vous parlez, je faisais la sieste à ce moment là.
Les clichés que nous avons découverts sur l’île:
  • Les (saloperies) de geais. Malins, voleurs et intelligents, ils sont nombreux et s’approchent sans crainte
  • Il n’y a pas de pies en Corse
  • Les vrais ont un 4×4 et une arme à feu sous le siège
  • Les panneaux de ville avec les noms en français biffés (et ceux en corse intacts)
  • La Pietra (bière locale) et la farine de châtaigne sont hors de prix
  • Les frappés et les canistrelli (pâtisseries)

 

Voir, écouter et apprendre – Francischu 2

Voir des hommes nus travailler la terre.

Ecouter leurs pas sur le sol

Apprendre à trouver ça normal

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  • Voir un évier bouché par des fleurs de chêne vert.
  • Voir des traces de sangliers intéressés par les cultures vert éclatant.
  • Voir l’ arrondi des rochers de granit se découvrir, à force de coup de serpette dans le maquis
  • Voir le coucher du soleil sur la mer et le lion de Rocapina
  • Voir de belles lignes de bloc à ouvrir dans le spot du Castello à 5 minutes de marche de la communauté.
  • Voir les légumes les plus mûrs, les arracher pour les cuisiner derechef.
  • Voir le couple de loirs assoupis qui nichent dans le plastique transparent qui fait office de plafond dans les toilettes.
  • Voir une finale de coupe d’Europe dans le bar des nationalistes corses, avec en bruit de fond les engueulades normales du genre « je vais te tuer »
  • Voir avec satisfaction un champ de sorgho tout juste planté après l’avoir bêché des heures sous le cagnard.
  • Voir des daurades, des sarres et des murènes onduler sous l’eau rafraîchissante et silencieuse.

 

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  • Ecouter, incrédule, les geais imiter les milans.
  • Ecouter la guitare et les chants vibrer autour du feu.
  • Ecouter les cigales chanter sous une chaleur de plomb pour s’endormir à l’heure de la sieste.
  • Ecouter l’accent corse de Michel, le fermier voisin, pendant qu’ils nous conduit à tombeau ouvert sur la piste empoussiérée, à l’arrière du pickup.
  • Ecouter le silence plaisant d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter les chants d’oiseau d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter le vent faire un bruit feuillu dans les canisses
  • Ecouter le « houuu » puissant chaque midi; cri signifiant que le repas est prêt et que les travaux doivent se mettre en pause
  • Ecouter les brebis manger les branches coupées d’olivier, de salsepareille et de myrte
  • Ecouter le bruit de l’air, quelques dizaines de secondes après le passage d’un avion à basse altitude, qui fait comme une ligne de fouet venteux (le lieu est à 500m de l’aéroport de Figari).
  • Ecouter le feu éblouissant quand on ajoute un tas de branches sèches et croquantes

 

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  • Apprendre ce que sont une houe et une serfouette
  • Apprendre à vivre sans horaire mais seulement avec le soleil
  • Apprendre à bricoler sans l’aide d’énergie non humaine et faire des trous à la chignole
  • Apprendre à vivre en commun tous les jours avec 10 personnes
  • Apprendre à regarder et dessiner
  • Apprendre à se comporter sans argent et en pleine autonomie
  • Apprendre à ne pas vomir quand on vide des toilettes sèches
  • Apprendre à faire de la voile avec un mentor qui a une voix à 20 décibels et un accent allemand
  • Apprendre à vivre comme un homme raisonnable et en harmonie avec son environnement
  • Apprendre, puis se taire

 

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Frankichou

La première personne (ou presque) que nous avons vue, c’est un vieil homme nu sur un vélo. Reinhardt, le fondateur de la communauté.

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La deuxième personne la plus ancienne, c’est Jule (prononcer Youle). Elle ne se déplace dans Francischu qu’accompagnée d’une armée de chats maigres. C’est elle qui trait les brebis. Son fils, Kisaja, est un adolescent de 15 ans. Elise et Romain sont arrivés trois ans plus tôt. En tant que woofeurs. Et ne sont jamais repartis. Ils ont eu une petite fille, Lilas, dont nous allons bientôt fêter les 2 ans, et qui répète souvent : « quoi? » ou « quoi ça? ». Ils vivent tous les trois dans un kerterre milieu de Francischu.

Il y a des cabanes au milieu des arbres, des potagers répartis dans divers endroits du maquis. La cuisine est dehors, on fait la vaisselle sous le soleil, on mange avec les chenilles. Pas d’électricité, pas d’eau chaude (ni fraîche, d’ailleurs).

Pour ce qui est des légumes, la communauté est entièrement autonome – exceptés les oignons parfois. Ils font aussi beaucoup de conserves. Au petit-déjeuner et au dîner, nous mangeons de délicieux fromages de brebis que Reinhardt prépare le matin, après la traite. Il y a tous les niveaux d’affinage et tous les types, que ce soit le yaourt, le fromage frais, le brocciu ou la tomme. 

Le pain, c’est aussi nous qui le faisons. Il y a une journée pain, environ une fois par semaine. La veille, nous moulons le blé, grâce aux moulins manuels – c’est plutôt sportif. Au matin, il faut allumer le four à pain très tôt pour être sûrs qu’il soit suffisamment chaud au moment de la fournée. La pâte est réalisée avec du vrai levain. Comme la farine est très complète, il faut que la pâte soit liquide pour lever. C’est pourquoi nous faisons cuire les pains dans des moules. Et on profite aussi de la chaleur du four pour faire plein de pizzas! 

Le soir, nous allumons de grands feux avec les ronces défrichées dans le maquis. C’est le moment de jouer de la guitare et de chanter. Romain nous a fait découvrir certaines de ses compositions – c’est beau. Deux autres woofers sont avec nous : Mike, qui est là depuis plus d’un mois et Naomi, qui est arrivée presque en même temps que nous. Naomi est une hollandaise philosophe et littéraire, elle chante superbement. Elle a fêté son anniversaire il y a quelques jours et me confiait en riant qu’elle n’aurait jamais imaginé que la première chose qui lui arrive, ce matin-là, soit la bise d’un vieil homme tout nu.  

Et puis, il y a des tortues partout. Elles ont tendance à se servir allègrement dans le jardin, alors nous devons les mettre dehors à chaque fois que nous en trouvons une. Par curiosité, nous dessinons au marqueur des numéros sur leur carapace, pour voir si ce sont les mêmes qui reviennent. Et puis avec le temps, nous leur donnons des petits cœurs et leur inventons des prénoms.

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Et puis comme on se sent particulièrement bien ici, et qu’on en a encore pour 15 jours, on vous en dira bientôt davantage sur la communauté Francischu!

Corse

On a retraversé la France d’ouest en est. Passage éclair par Genève et gravitation autour de nos lieux préférés :  bains des Paquis, Grottes et Galerie.
On continue l’aventure en bonne compagnie (papa, maman de Pierre) et on repasse par le Vaucluse – vins rouges puissants. Enfin nous arrivons à Nice et remontons une fois de plus la vallée de la Vésubie. Le van est toujours présent, légèrement récalcitrant, la batterie est quasiment à plat. Une fois la sueur froide épongée, nous embrassons les parents de Pierre, et leur disons au revoir.
Ferry à Nice. La mer est bleu-velours, il y a des touristes russes en marcel et tatouage, et ça s’alcoolise allègrement pour passer le temps.
Bastia, on est là! – Pas le temps (ni l envie) de visiter – on file au bord de la mer. Petite plage déserte et première baignade, nocturne.
Le lendemain nous continuons vers le sud de l’île. Au passage on s’arrête pour prendre un couple d’Allemands en stop. Marieke et Flo. Il s’avère un peu plus tard qu’ils vont à la même communauté que nous! Pause déjeuner sur la plage masque/ tuba en guise de sieste. Pause touristique à Porto Vecchio, sans grand intérêt. Après de longues recherches, on trouve une place pour la nuit. C’est encore au bord de l’eau, au milieu du maquis.
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Marieke et Flo restent avec nous. Flo est obsessionnel du bleu, il randonne complètement nu et joue de la basse. Il nourrit une passion sans faille pour le bleu – tout ce qui est bleu. Marieke sculpte sur bois, elle rit souvent. Nous arrivons dans les alentours de Bonifacio avec une certaine appréhension. Derrière les collines, une gigantesque fumée. Ça brûle, et c’est exactement là-bas qu’on va. Et la mer est bleue.
Bonifacio, découverte de la ville magnifique, si on met de côté la partie St Trop’ degueu. Vieille ville qui nous rappelle Games of Thrones. Autour, ce sont des falaises, façon Étretat. La mer est toujours immensément transparente avec ses roches jaunes et ses sables lunaires.
On se sépare pour la nuit car nos covoitureurs ont rencontré une famille allemande qui les invite sur leur bateau. Finalement, ils se feront déposer sur la plage à côté de notre destination : la Communauté de Francischiu (ou Francky Chou, comme dirait Marieke). Du bateau stop. Nous c’est Pertusato, roche de craie dure, abîmes de vent. Session tuba phénoménale avec myriade de daurades et banc de poisson.
Au village, sans prétention et voisin, la charcutière du Spar est passionnée. Elle nous offre une dégustation quasi intégrale et nous concocte un dernier apéro en amoureux avant de faire le pas vers la communauté.

La Ferme de Keréré

Comme on ne faiblit pas, le maraîchage est de mise, y compris loin de notre itinéraire.

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Nous avons passé une semaine dans le Morbihan, à 200 mètres des côtes atlantiques. A Locmariaquer, exactement. C’est une ferme avec une jument de trait (Aza) et deux veaux. Mais aussi un cochon, des poules, des oies, des chiens, des chats …

Richard nous y accueille. Il a notre âge, il s’occupe seul de la ferme et chaque jour des voisins, amis, stagiaires ou woofers viennent lui donner un coup de main.  Il fait pousser sous serres et en extérieur. Pendant le temps où nous l’avons accompagné, nous avons planté et récolté betteraves, fèves, tomates, oignons, radis, courgettes, concombres, tournesols. Il pratique la culture permanente sur butte. Ce qui fait que nous avions de larges plate-bandes surélevées, parsemées de légumes divers, placés en fonction de leurs affinités mutuelles.

Nous avons appris à créer des buttes, avec paillage, fumier (de boeuf ou de volaille comme le bouillon), calcaire, granulés.  Il y a un ordre précis, qui n’est sans doute pas celui que vous venez de lire. Richard est très fier de sa production bio et sans pesticide ajouté. Nous apprenons aussi beaucoup de choses sur la région, à commencer par le fait qu’il n’y a pas eu de vraie pluie (15 jours d’averses) à Locmariaquer depuis deux ans. Ce qui n’est pas sans poser problème pour une terre humectée d’eau salée. La ferme possède aussi une serre de semis, ça permet de faire ses propres plantons. Ainsi, Richard peut être plus indépendant vis à vis de ses fournisseurs et aussi faire commerce de plantes et de fleurs aux beaux jours. De quoi améliorer le quotidien.

Mais la ferme de Keréré, c’est surtout beaucoup de monde qui gravite. A commencer par Arnaud, l’inséparable acolyte. Ami bienveillant, il est toujours prêt à sortir les bêtes, faire des boutures ou déboucher une bière. Si on veut connaitre les horaires des marées, c’est à lui qu’il faut le demander, car il les a toujours dans sa poche. On trouvera Maelle, la voisine qui vient de lancer sa ferme de plantes aromatiques. Elle passe donner un coup de main le vendredi matin en échange d’un panier de légume. De l’échange social et local, sans passer par une AMAP. Il y a aussi Aurore, qui possède quelques chevaux pas loin, Benoît, qui effectuait son stage, Agathe, qui manie vaillement la fourche et pratique la méditation à base de désherbage de liseron, Emilie, la woofeuse-skipper… Et nous avons aussi eu la chance de rencontrer la famille Fantastic. 2 parents et 4 enfants très énergiques, vivant tous dans une caravane. La discussion commence vite et les points communs affluent. Ils ont le projet de monter une ferme de maraîchage et sont à la recherche de terres. Leur prochaine destination est le Maroc. Ils sont très décroissants, proches de la Terre, et ils font l’école aux-mêmes à leurs enfants.

Ici, tout rappelle la mer et la Bretagne : le drapeau breton, les pirates, la musique… bretonne forcément, les ballades en bateau vers les îles isolées. Le premier matin, nous sommes réveillés par un hélicoptère qui tourne auprès de la côte à la recherche de naufragés. Il faut savoir qu’à l’entrée du golfe du Morbihan, le courant est exceptionnellement puissant. Ce serait le 3ème courant le plus puissant d’Europe.

Les journées sont organisées de la sorte : début à 8h30, travail jusqu’à 13h30, puis apéro et déjeuner. Après, nous avons quartier libre. C’est génial, ça nous laisse plein de temps pour faire les touristes, vive le woofing.

Nous sommes allés bien sûr visiter Carnac ( un site megaltihique majeur bien encadré derrière ses jolis grillages de lotissement banlieusard), et puis la forêt de Brocéliande.

Nous ne savions pas que la région pullule de menhirs et autres dolmens. A tel point d’ailleurs qu’on en trouve dans les jardins, derrière les maisons, dans les caves (sous quelques couches de béton car de telles découvertes ont vite fait de classer le terrain comme non-constructible).

On a arpenté de long en large l’île aux Moines et vus ses beaux paysages.

On a découvert le vieux port breton de St Goustan, situé dans un ria.

Et on a visité Rennes, le parc du Thabor et sa roseraie splendide.

Et quand nous ne sommes pas les genoux dans la terre ou les yeux dans le granit, nous apprenons à ouvrir des huîtres plus vite que notre ombre (enfin, on s’entraîne encore), nous goûtons du chuféré (jus de pomme + miel fermenté – sorte de cidre puissance 4. attention ça réchauffe) et des bières locales au sarrasin. Ne surtout pas faire mentir les traditions locales!

On repart après une semaine seulement, mais en ayant appris énormément sur le métier. On se dit au revoir, en se disant qu’on reviendra mais pour une fois ça n’est pas une politesse, on y croit vraiment. Ce n’est pas un patron qu’on quitte mais ce sont des des amis, avec qui nous reviendrons bien volontiers manger des galettes et boire une Telen Du à la santé de la ferme de Keréré!

Anjou

On quitte notre plan de route et notre chère maison roulante. Avion, pour changer.

C’est un petit détour pour la douceur angevine, la chaleur familiale et les vins de Saumur. Pays tout à fait charmant, peuplé de maisonnées cubiques à frises et frontons, qu’on dirait découpées dans des châteaux puis disposées çà et là parmi des champs submergés de coquelicots, de renoncules et autres menthes sauvages. On y croiserait des poupées. La Loire est à deux pas, qui nous fait comme un avant-propos de la mer (que nous verrons quelques jours plus tard…).

La Vésubie

Chamboulement dans nos plans, parce qu’il y a un imprévu. Un peu comme le maraîchage en fait. On fait des plans, on prévoit des cultures et des récoltes. Et puis c’est le soleil qui manque ou bien le tracteur qui est en panne. Alors on change d’histoire. Pareil, pour notre voyage. Avant de dévier un peu du cours de l’aventure, on profite de la vallée de la Vésubie.

C’est beau la Vésubie. On apprend le nissart. On goûte la torta di blea et la pluie méditerranéenne. On observe les chamois qui prennent la pause – familiers. On mange de la socca et on boit de la bière à la socca. On se gave d’escalade, de vtt et de randonnées. On n’oublie surtout pas d’évoquer la grandeur d’âme d’Eric Ciotti. Natif de la vallée. 

 

Les réponses aux questions existentielles qu’on se pose

Alors voilà les réponses décisives aux questions fondamentales posées précédemment.

  • Comment fait-on le plein avec un tracteur?
    • Les agriculteurs peuvent acheter du carburant détaxé. Un livreur vient remplir une citerne dans la ferme. De fait, pas besoin pour eux d’aller au Super U faire le plein. Le fuel est donc à disposition directement sur place.
  • Comment fait-on du miel de sapin?
    • Le miel de sapin est en fait du miellat. Celui-ci vient de pucerons qui se nourrissent de la sève du sapin. Les abeilles traient ces insectes au lieu de butiner. Il n’y a pas toujours de pucerons. La production est très aléatoire. On dit que c’est en général, une fois tous les 3 ans. Donc, ce miel n’est pas du simple degueulis d’abeille, mais bien du degeuli de traite de pucerons. Peu importe, c’est très bon et puissant en goût.
  • Quelle est la différence entre chamallow, marshmallow et guimauve?
    • Marschmallow : nom anglais de la guimauve / Guimauve : nom français des marshmallows / Chamallow : nom donné par Haribo à la guimauve.
  • Pourquoi les vieux marchent avec les mains dans le dos et aiment regarder les travaux dans la rue?
    • On n’a toujours pas la réponse à ces deux questions passionnantes. Concernant les mains dans le dos, on aime l’explication de Thomas qui dit qu’ils savent pas quoi faire de leurs mains. Laure propose l’hypothèse suivante : Étant donné qu’ils sont courbés, Gustave, ils ont les bras ballants. Ils les mettent dans le dos pour ne pas les laisser trainer. Aussi, le fait de mettre les mains au niveau des lombaires permettrait un redressement salvateur et bienvenu de la colonne vertébrale. ». On propose d’aller interroger les personnes que nous voyons faire ainsi et mener notre enquête.

Merci à nos 4 participants.

Thomas : Tant que tu ronfles pas et que tu perds pas tes chaussures dans un fossé, on t’accueille.

Coralie : Si vous voulez tenter l’aventure à 4 dans le van + 1 enfant en bas âge, viendez!

Julie : Quand on revient à Eourres, on repart en bivouac ensemble

Lucas : On te recontacte pour ton plan de château abandonné en Espagne, ça nous changera du van.