Garza Loca – feelings

Une ferme vivante et nombreuse

Dites 33! On a fait le compte : la semaine où nous avons vécu au sein du collectif, nous avons vu et parlé avec un total de 33 humains. Si on retire le club des 6, ça fait précisément 28 visiteurs. Après, on reparlera des campagnes isolées et de l’ennui profond qui menace…

Parmi eux, il y avait les 3 travailleurs de l’atelier, 1 stagiaire en maraichage, 1 frérot coup de mano maraicher, 2 anciens compagnons, 3 assistantes maternelles et leur collection de bambins curieux, Maurice le voisin moustachu – yeux malicieux – blague taquine, un de la famille garzienne à la retraite, 2 amis maraîchers et voisins, la famille et les amis de passage. Mais quels sont les ingrédients d’une telle vivacité?

L’entraide

Tout d’abord, d’un métier à l’autre, on se complète. Par exemple, les forgerons fabriquent une pièce utile pour bricoler le bois. Ensuite, les maraîcher-e-s se soutiennent mutuellement. Par exemple : B. vend sa production sur un gros marché de la région. Il n’a pas assez de tomates pour assurer le coup ou ses haricots ne sont pas encore récoltés. Alors, on fournit ce qui manque pour compléter sa devanture. Tout le monde est content. L’un vend toute sa production sans bouger et l’autre a un bel étal. Autre exemple, S. est « djeuste » en ce moment entre toutes ses tâches : récoltes, désherbage, marche… Alors, on prend une demi-journée pour l’aider à revenir à la surface et reprendre sa respiration.

Plus encore que cette aide informelle, 2 piliers soutiennent les maraîchers. Tout d’abord, » Saveur paysannes » le magasin de producteurs de Villefranche de Rouergue. Associations entre paysans des environs qui vend au grand public leurs bons produits (fruits et légumes, fromage, viande, vin,…) Pas de centrale d’achat, pas de supermarché, pas de marge sucrée par les intermédiaires et davantage d’autonomie. L’autre institution est la confédération paysanne. Ce fameux syndicat médiatisé grâce a la moustache de José Bové. Le syndicat peut arbitrer en cas de conflits potentiels, voir organiser la mobilisation.

A Garza Loca, on n’est pas dans le militantisme monoculaire et flottant. On sent que la sensibilité politique est forte et que l’engagement se matérialise par une solide organisation. Aboutissement logique de tout ça, les légumes produits possèdent le label « Nature & Progrès ». C’est un label bio mais vraiment écologique (contrairement à l’étiquette AB qui n’en est plus à un compromis près). Et ça prend en compte les critères sociaux et la manière dont on travaille. Allez faire un tour sur le site officiel pour en savoir plus.

Le compagnonnage

C’est l’aventure fondatrice du collectif Garza Loca. La plupart se sont rencontrés lors de leur expérience de compagnonnage. Pas grand chose à voir avec le délire corporatisto-elitiste des compagnons du Tour de France. Cette formation permet de vivre des expériences.

Le compagnonnage alterne immersions en entreprise, regroupements et groupes-action. L’immersion est un temps de séjour dans une entreprise. Elle dure 5 semaines. Il s’agit pour le compagnon de partager l’activité d’une équipe et de chercher, par un questionnement actif, à en comprendre le fonctionnement.

Les regroupements durent de cinq à dix jours et se déroulent en Ardèche et dans le Limousin. C’est le temps de la mise en commun des expériences, le temps des débats sur les thèmes qui préoccupent les compagnons.

Les groupes-actions sont des périodes d’expérimentation à proprement parler. Si, durant les immersions, le compagnon se retrouve en posture d’observation (tout en participant au quotidien du collectif) et analyse un fonctionnement déjà en place, durant les groupe-action, 5 à 8 compagnons se retrouvent sur un lieu dans l’objectif de réaliser un chantier en prenant en charge l’organisation de sa réalisation mais aussi l’organisation de la vie quotidienne, des rythmes de travail, etc.

 Nos compères se sont donc liés pendant cette période et les liens restent forts avec le réseau. Preuve en est, lors de notre séjour, une compagnonne ayant officié à Garza vient passer quelques jours parmi la bande. Puis un duo d’affiliés (dont un ancien formateur) sera de passage. On a senti que l’unité est puissante.

Est-ce une conséquence de cette expérience? Nous avons perçu qu’un effort est porté sur la communication. Il y a beaucoup d’écoute entre les participants. Les mots sont choisis et on ne blesse pas avec une parole mauvaise. Si quelque chose ne fonctionne pas, on le dit et on propose une alternative. Les rencontres hebdomadaires servent aussi a régler ces conflits inhérents à la vie en collectivité.

Le réseau associatif local

Quelques associations interagissent dans le cercle gravitationnel de Garza Loca. Tout d’abord, les Haut Parleurs sorte de Galerie aveyronnaise à laquelle on dédiera un article bientôt. Il y a aussi le Lotus Blanc, association de soignants et thérapeutes. Le collectif organise les rencontres occitano-tziganes dans la ferme. Quand un événement se prépare, ils sont dans le coup. Pendant notre séjour, nous sommes passés au festival de cinéma en plein air de Najac. L’ambiance est gaillarde et on sent que tout ce petit monde se connait, se côtoie, discute et se trinque les coudes. C’est beau un réseau ruralo-amical en été.

Ici on vit une vie bien remplie, tous ensemble, en harmonie. On observe un bel exemple de ce qu’on peut faire pour améliorer le monde : réinvestir les métiers, se rendre collectivement propriétaires de nos ateliers, terrains, machines, et avoir plein d’ami-e-s!

Garza Loca!

La campagne aveyronnaise, vous connaissez? A vrai dire, on n’en avait pas tellement entendu parler avant avril 2016, date à laquelle on a fait notre premier petit voyage de prospection des alternatives en France. Alors maintenant qu’on a vraiment du temps devant nous, et comme on avait beaucoup aimé les rencontrer la dernière fois, on est retournés voir le collectif de Garza Loca!

Cette fois, nous n’étions plus dans une communauté, mais dans un collectif : l’objectif, c’est de partager le lieu de vie et de travail, d’en être collectivement propriétaires. Les Garziens ont entre 27 et 30 ans, ils ont constitué le collectif en 2012 et se sont installés ensemble il y a 4 ans.

Pour acheter les lieux, ils se sont constitués en SCI (Société Civile Immobilière, pour celles et ceux qui n’aiment pas les acronymes). L’aspect légal de ce genre de choses est très important, même si à première vue, c’est moins glamour que la communauté corse. Il y a ensuite plusieurs statuts juridiques, en fonction des activités des unes et des autres. Entrepreneurs et statuts agricoles divers. En plus de cela, ils ont une association, La Tambouille, qui gère l’accueil aux publics, l’organisation des fêtes, l’événementiel en tout genre et le compagnonnage (réseau REPAS, on vous laisse aller jeter un œil). Par mois, chacun-e donne une certaine somme pour la cagnotte commune, ce qui permet de payer toutes les factures (eau, électricité), assurances, courses, travaux, etc…

C’est le club des 6 ! Une psychomotricienne, un charpentier, un herboriste et deux maraîchers avec une chienne nommée… Loca. Deux autres personnes viennent aussi travailler régulièrement (un métallier et un charpentier). Ils occupent l’atelier pour un loyer modeste et ne vivent pas sur le lieu.

Il y a aussi plein d’autres activités : des pâtissons à la russe, des poules, des abeilles, des festivals, des conférences gesticulées… C’est tout un monde autour du collectif, un vaste réseau associatif, local et moins local, ainsi qu’un tissu d’entraide et de militantisme bien dynamique. On est bien loin de l’image répandue de trou du cul du monde isolé, on vous en parlera en détails bientôt.

In situ, ça donne : un terrain de 4 hectares avec 7 serres, un atelier gigantesque avec machines pour la charpente et la métallerie. Une salle de transformation (pour conditionner les plantes, les transformer en tisanes, liqueurs, conserves), un séchoir pour l’herboristerie, une salle des fêtes, un corps de ferme principal avec des pièces communes, des chambres et un dortoir pour les visiteurs. Un camping est prévu pour les années  à venir.

Durant la journée, chacun se consacre à son activité professionnelle. Chaque semaine, ils ont une grande réunion (d’abord, un tour de table pour savoir l’humeur de chacun, puis discuter de l’accueil et répondre à diverses questions d’ordre logisitque : qui fait à manger? quels jours? qui utilise les voitures? qui s’occupe des tâches ménagères, des courses, etc?) Ils ont aussi des réunions de fond, qui abordent de sujets plus vastes et plus abstraits : des thématiques telles que la propriété ou finance. Enfin, ils dédient une réunion mensuelle à la comptabilité.

Nous avons aidé pour le maraîchage (juillet, c’était le moment de récolter tomates, concombres, blettes, pâtissons, oignons) et la préparation des légumes pour le marché.

Et puis nous avons aidé pour un chantier : la construction d’une mezzanine dans le hangar atelier pour créer un atelier pour le collectif (hors professionnel). Ça a été l’occasion d’apprendre à faire un étage, poser chevrons et solives, larder des clous, manier une perceuse de dimension Godzilla et déguster 300 kilocalories de poussière…

Le reste du temps, Pierre s’est lancé dans la construction d’un coffre multifonction pour le van et Laure a travaillé sur la plaquette de présentation de notre plan d’avenir (on vous en parle d’ici quelques mois).

Ils ont aussi une réserve phénoménale de BD, un rétroprojecteur, et ce sont des joueurs passionnés. On ne s’est jamais ennuyés le soir! Enfin, on y a appris énormément de choses et on sent qu’on a fait des pas de géants dans notre cheminement. Difficile de les quitter. On reviendra, c’est certain.

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Aveyron (et les enveyrons)

Et pendant qu’on vivait et travaillait avec nos amis de Garza Loca, on en a profité pour visiter la région aveyronnaise. Et voila en photos ce qu’on a vécu :

Le mugnificent village médiéval de St Antonin Noble Val avec spot de grimpe et festoche integré.

 

On a fait l’ascension du rocher du Grob à Bor et Bar (et grillé des saucisses au bord de la rivière).

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On a regardé des films au festival « Sous les étoiles » de Najac (le village de Ici Najac à vous la Terre). Et on a dansé avec un vers collant en écoutant la Yegros au festoche Samba del pais avec le DJ triporteur et le bar Viking.

 

On a visité la belle ville de Villefranche de Rouergue, son marché, ses monuments religieux (et son retable construit en 15 ans) et les Hauts Parleurs.

Enfin, on aura vécu une soirée rockabilly au bar de Sanvensa starring Eddy Ray Cooper. Picon pas cher. Festival de personnages, tous plus dingues les uns que les autres : une fleuriste hollandaise et aide-barmaid, un couple d’anciens soixantuitards passionnés de géologie, une mamie qui danse mieux que tout le monde, un jeune loup overactif en chemise hawaïenne et bourré de tatouages, une actrice autoentrepreneuse spécialiste d’humour et de musique.

En repassant devant le même bistrot le lendemain, la gérante passe une tête par la porte et nous invite à boire un café salvateur!

Et des portes.

Provence et Occitanie – on the road again

Après la Corse ensoleillée, notre parcours agricole est mis en pause pour quelques semaines. Le temps pour nous de faire un joli voyage dans le quart sud-est.

Marseille. On retrouve les copains. C’est aussi l’occasion de visiter les fameux quartiers : Cours Ju(lien pour les non-intimes), Noailles, le vieux port, le Panier. Lumière unique de la cité phocéenne, cortège de personnages et criée sur les marchés.

Souvent sur les façades, on croise des galeries ! C’est la rue qui est à l’art.

Puis la Provence. Cigales assourdissantes et piscine de fraîcheur. Passage à la case famille pour Laure et gavage d’escalade et de VTT pour Pierre autour du mont Ventoux et des dentelles de Montmirail.

Après quelques accolades d’amis, des pastis trinqués et des molkys lancés, nous repartons vers l’ouest. Collias, le gardon, via ferrata, les marchés provençaux, les pêches et les abricots… la manie des taureaux.

Dans le sud des Cévennes, nous passons par Sauve, rendre visite à un ami. Partage d’idées, nous abordons l’évolution de notre plan (mystère et boule de gomme).

Enfin, la route nous emmène un peu plus loin vers le centre, et nous commençons a retrouver du vert.

Aveyron, Cantobre, concert de jazz à Millau.

Albi, ville de brique, cathédrale over-dimensionnée.

On nous parle de Roquefort, la ville, et de ses caves. C’est l’occasion d’y faire un tour. Un petit coté Le Roi et l’oiseau. Le village, dans sa quasi totalité, appartient à Société, Lactalis et Papillon, grandes marques de roquefort. Leurs caves refluent du froid dans les rues, désertes. On rigole un peu, mais on ne reste pas longtemps.

Ensuite, on file vers Villefranche de Rouergue, direction la ferme de Garza Loca!

 

Adieu la Corse

Bien que ce blog subisse un décalage temporel dû aux aléas de notre rythme buissonnier et de nos accès randomatoires à l’Internet, dans cette réalité, nous disons au revoir à la Corse.

C’est le moment de vider notre carton à souvenirs numériques. On y trouvera en vrac des criques isolées propices aux baignades naturelles, des arbres dragons, un sapin façon Asie contemplant les aiguilles de Bavella, et Mario u vanu sous divers angles.

 

 

Mais aussi, un cairn super classe qui apprécie la vue, une Mussi non moins classe et tout aussi contemplative, la vue en question et des rochers proches de Portu, aux formes incroyables

 

 

Une nuancier fait de grès, une publicité pour une marque de grimpe quelconque, un arbre méduse, de l’eau de roche claire comme elle-même, et des pieds bénissant cette dernière.

 

 

Une vue tarabiscotée et ubique sur un soleil levant et une cabine de pilotage, les aiguilles ciselantes de Bavella, les ruelles de Cargese qu’on jurerait cubaines mais qui sont corses , mais qui sont grecques (en vrai), une petite humaine contemplant un lion de roc.

 

Francischu – la fin

Encore quelques croquis qui traînent dans un calepin. Des bribes d’impressions de la source d’eau fraîche que nous puisions tous les 15 jours. Une esquisse de la cabane au milieu de l’olivier géant, lieu de sommeil de Kisaja, l’ado de 15 ans élevé dans diverses communautés et sur les routes. Il est maintenant fan de FIFA, de Ronaldo et de pêche sous-marine. Preuve qu’ à force de chasser le naturel il revient parfois à la vitesse d’un paresseux sous ketamine.

 

 

Et puis, voici encore quelques photos de ce Lieu Unique. Dans l’ordre, une vue sur le citronnier et les blocs de rochers qui sont semés partout sur le lieu, l’intérieur de notre résidence avec Jean-Boudin et feue Séraphine, une vue de la yourte de Jul (intérieur et extérieur) et enfin, sa chambre d’été aménagée sous un rocher.

 

 

Francischu 4 – le plan

Pour clôturer ce mois passé dans la communauté (quasi) autonome et sans énergie ajoutée (pas de pétrole et pas d électricité), nous avons bricolé un petit plan d’ ensemble du lieu. Bien entendu, c’est totalement subjectif et ça n’est pas du tout à l’échelle.

Frankichou 3 : une journée typique

Après quelques articles dans lesquels nous avons partagé nos sensations, nous avons voulu décrire ce qu’est une journée « classique » au cœur de la communauté Francischu.

Aux aurores : traite des brebis. Un peu tard levés, nous n’y avons assisté qu’une seule fois. La plupart du temps ce sont Jul (prononcer Ioule) ou Romain qui s’en chargent. Les brebis se bousculent pour se faire traire, parce que c’est aussi l’occasion pour elles de grignoter une poignée de maïs !


Peu après : avec le lait frais, Reinard confectionne une tomme, du fromage ou du yaourt (suivant son envie, la chaleur ou les diverses réclamations). Nous le retrouvons souvent devant la cuisinière, absorbé par le journal des infos allemandes, capté sur une petite radio à piles. Ensuite avait lieu la préparation de la nourriture pour les chats (avec les déchets de viande ou de poisson que nous ne manquions pas de demander au spar du coin – babylone, pour les frankichois). Petit à petit, chacun se réveille pour le petit-déjeuner. Classique café, tartines de confitures et de fromage frais. 

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Avant qu’il ne fasse trop chaud, nous vaquons à diverses activités. Débroussaillage de maquis et taille d’olivier : il faut élaguer au maximum pour contenir un éventuel incendie. Ce qu’on a coupé, on le donne aux brebis (salsepareille, olivier), le reste est empilé pour le feu du soir. Sinon nous faisons quelques réparations (en l’occurrence celles des vélos et du portail). Jardinage et bûcheronnage sont aussi au programme. Pendant ce temps, certains s’occupent de préparer le repas, ce qui prend facilement quelques heures : aller chercher du bois pour la cuisinière, se promener dans le jardin pour faire son marché, repérer ce qui est mûr, ce qui est encore bon, récolter diverses herbes aromatiques… La cuisinière fonctionne au bois, il faut anticiper toutes les étapes de la cuisson ! Ajouter de petits fagots pour mettre le feu vif ou fermer la porte du foyer pour baisser la température. 

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Midi : ceux qui ont préparé le repas crient un HOU de ralliement, auquel repondent – HOU – ceux qui ont entendu. On mange tous ensemble. Souvent des pommes de terre, des choux, des haricots et des sauces à base de fromage de brebis.

Après-midi : on fait la sieste le plus souvent. Lecture pour ceux qui ne veulent pas dormir, parties d’échecs ou bien guitare et activités artisanales. On a quelques fois préféré fuir vers la plage et s’étaler sur le sable, plonger ou pêcher des mulets. Vers 16h ou 17h, on reprend tranquillement les activités. Certains vont planter le sorgho dans le champ de l’enfer (pas d’arbre, un soleil qui tombe droit sur le crâne) : c’est une céréale idéale pour le fourrage des brebis. D’autres désherbent les plantes aromatiques ou ramassent des patates. Il y en a même qui construisent des buttes permanentes en rotin d’olivier, ce qui permettra de faire pousser des carottes dans une terre suffisamment sableuse.

Le soir : nous arrosons systématiquement tout le jardin avec plusieurs tuyaux et réservoirs. Ce qui prend environ une heure. On en profite aussi pour laver les humains, au tuyau-douche au milieu des tomates et des figuiers. Il faut rentrer les brebis dans l’étable, les poules dans le poulailler et les canards dans la mare. Une fois que tout le monde est bien rangé, qui sur son duvet, qui sur foin, on se réunit à nouveau à la grande table pour le repas du soir. Celui-là reste froid (on s’économise de la cuisine, de la vaisselle et du bois) avec des tartines de confiture, de fromage ou de pâté d’agneau. Ensuite on organise un vaste plan d’évasion pour contrer le filet de moustiques qui nous est tombé dessus : direction Le coin du feu. Et nous organisons des flambées spectaculaires avec les amas de ronces arrachées plus tôt du maquis. Ce sont des feux contenus, bien sûr, éloignés de toute végétation. Passé 22h et le dernier avion de l’aéroport, voisin, la plupart des frankichois sont couchés.

 

Il y avait aussi des journées spéciales. Une fois par semaine, tout d’abord, celle de la confection du pain. Une autre fois, nous avons fêté les 2 ans de Lilas : sortie sur une colinette superbe, constituée d’un dédale de pierres rondes et concaves, d’environ 7 mètres de haut. Pierre a trouvé de belles lignes dans le rocher, qui en feraient un terrain de jeux idéal pour le bloc (escalade). Le 21 juin, nous avons aussi organisé une mini-fête de la musique (à l’occasion de laquelle nous avons monté une petite scène de concert et invité quelques habitants de la communauté voisine). Nous avons joué et dansé un bonne partie de la nuit.

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Nous sommes désormais loin de Francischu. Pour donner une impression générale de notre rencontre, nous tenons a dire que c’est l’une de nos meilleures expériences de woofing. Cela tient surtout aux frankichois, avec lesquels nous nous sommes très bien entendus, mais aussi à la beauté mystico-soleillée des lieux. Aux chansons, sans doute aussi. Nous avons hâte d’y retourner – accompagnés de toi, vous, nous – volontiers!

Les clichés corses

« T’es déjà allé en Corse? »
« Non »
« Tu vas aimer, tu vas voir. Y a la mer et la montagne. Faut absolument que t’ailles à [insert random touristic place]« 
Voilà en teneur la conversation la plus courante que nous avions avant de partir sur l’île de beauté (sic). La Corse et les corses, ça fait rêver et ça allume tout de suite une case bien précise de notre cerveau au rayon préjugés régionaux. Après avoir passé un mois en Corse, voilà ce que nous pensons de ces clichés, lesquels sont vrais, lesquels sont seulement dans « Astérix en Corse » et ceux que nous avons découverts.
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Les clichés certifiés authentiques :
  • Y a la mer et la montagne. On a vérifié in situ
  • C’est trop beau
  • Les sangliers (et les sanglichons – sorte de cochons sauvages)
  • Les insulaires ne sont pas accueillants accueillantes – dans les zones touristiques
  • L’accent façon Le Parrain
  • Les panneaux repeints par un 38 mm (impacts de balles)
  • Les chants corses
  • La sieste
Ce qui est faux :
  • La bonne charcuterie et le bon fromage. Soit la qualité n’est pas exceptionnelle, soit c’est hors de prix
  • Les locaux ne sont pas accueillants – hors des zones touristiques
  • Le fromage avec les vers dedans (le seul qu’on ait vu c’est celui qu’on a laissé moisir à l’air libre une semaine)
  • Ils sont fachos (ben pas plus qu’ailleurs en France – nous a-t-il semblé)
  • La loi du silence. Ça n’existe pas, ca n’a jamais existé. Je ne sais pas de quoi vous parlez, je faisais la sieste à ce moment là.
Les clichés que nous avons découverts sur l’île:
  • Les (saloperies) de geais. Malins, voleurs et intelligents, ils sont nombreux et s’approchent sans crainte
  • Il n’y a pas de pies en Corse
  • Les vrais ont un 4×4 et une arme à feu sous le siège
  • Les panneaux de ville avec les noms en français biffés (et ceux en corse intacts)
  • La Pietra (bière locale) et la farine de châtaigne sont hors de prix
  • Les frappés et les canistrelli (pâtisseries)

 

Voir, écouter et apprendre – Francischu 2

Voir des hommes nus travailler la terre.

Ecouter leurs pas sur le sol

Apprendre à trouver ça normal

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  • Voir un évier bouché par des fleurs de chêne vert.
  • Voir des traces de sangliers intéressés par les cultures vert éclatant.
  • Voir l’ arrondi des rochers de granit se découvrir, à force de coup de serpette dans le maquis
  • Voir le coucher du soleil sur la mer et le lion de Rocapina
  • Voir de belles lignes de bloc à ouvrir dans le spot du Castello à 5 minutes de marche de la communauté.
  • Voir les légumes les plus mûrs, les arracher pour les cuisiner derechef.
  • Voir le couple de loirs assoupis qui nichent dans le plastique transparent qui fait office de plafond dans les toilettes.
  • Voir une finale de coupe d’Europe dans le bar des nationalistes corses, avec en bruit de fond les engueulades normales du genre « je vais te tuer »
  • Voir avec satisfaction un champ de sorgho tout juste planté après l’avoir bêché des heures sous le cagnard.
  • Voir des daurades, des sarres et des murènes onduler sous l’eau rafraîchissante et silencieuse.

 

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  • Ecouter, incrédule, les geais imiter les milans.
  • Ecouter la guitare et les chants vibrer autour du feu.
  • Ecouter les cigales chanter sous une chaleur de plomb pour s’endormir à l’heure de la sieste.
  • Ecouter l’accent corse de Michel, le fermier voisin, pendant qu’ils nous conduit à tombeau ouvert sur la piste empoussiérée, à l’arrière du pickup.
  • Ecouter le silence plaisant d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter les chants d’oiseau d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter le vent faire un bruit feuillu dans les canisses
  • Ecouter le « houuu » puissant chaque midi; cri signifiant que le repas est prêt et que les travaux doivent se mettre en pause
  • Ecouter les brebis manger les branches coupées d’olivier, de salsepareille et de myrte
  • Ecouter le bruit de l’air, quelques dizaines de secondes après le passage d’un avion à basse altitude, qui fait comme une ligne de fouet venteux (le lieu est à 500m de l’aéroport de Figari).
  • Ecouter le feu éblouissant quand on ajoute un tas de branches sèches et croquantes

 

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  • Apprendre ce que sont une houe et une serfouette
  • Apprendre à vivre sans horaire mais seulement avec le soleil
  • Apprendre à bricoler sans l’aide d’énergie non humaine et faire des trous à la chignole
  • Apprendre à vivre en commun tous les jours avec 10 personnes
  • Apprendre à regarder et dessiner
  • Apprendre à se comporter sans argent et en pleine autonomie
  • Apprendre à ne pas vomir quand on vide des toilettes sèches
  • Apprendre à faire de la voile avec un mentor qui a une voix à 20 décibels et un accent allemand
  • Apprendre à vivre comme un homme raisonnable et en harmonie avec son environnement
  • Apprendre, puis se taire

 

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