La Yaute

Retour au point de départ, ou juste à côté. En Haute-Savoie! Nous sommes au mois d’octobre, Pierre est rentré du Japon et il faut organiser la suite. En attendant, on se remplit de montagnes et de paysages avec la famille et les amis.

Le Môle, phare tellurique indispensable pour l’orientation de tout bon haut-savoyard :

 

Session d’escalade avec le foufou australien.

 

Ascension de la pointe de Marcelly au-dessus de Praz-de-Lys. Attention au vertige :

 

Ascension des Aiguilles de Leschaux. On est passés par un grand lapiaz :

 

Et enfin dans les désordre : un pré, une vue du Rhône à Genève, une croix, des fleurs etc… Nous prenons la décision de rouler vers le sud. Cette fois, nous allons passer les frontières au-delà des Pyrénées, direction… le Portugal!

 

Japon – suite et fin

Après cinq jours de randonnée dans la forêt, je finis trempé, le dos endolori et les pieds meurtris. Pour peaufiner mon karma, quelques jours de villégiature ne seront pas du luxe, avant d’entamer une semaine de festivités urbaines.

Kushimoto :

Je prends mes quartiers dans un bungalow proche de la mer, tout au sud de la péninsule du Kii. C’est le point le plus au sud de l’île principale du Japon, Honshu. J’essaie d’étaler mes affaires au mieux. Il pleut toujours depuis 24 heures maintenant. Je prends un bain chaud et bleu avec des canards en plastique… Les émissions TV sont complètement débiles. J’hésite entre consternation et fascination. C’est en résumé ce qu’on ressent quand on visite le Japon…

Ici, on se croirait en Bretagne, mise à part cette chaleur humide et assommante (surprenante pour un mois d’octobre). Sinon, c’est pareil : phares, rochers granitiques, crabes…

J’emprunte un vélo et pars faire le tour de la presqu’île. Je grimpe les marches d’un phare, je saute de rocher en rocher et j’oublie de tremper mes pieds dans l’eau. Pause à une tour d’observation pour constater que la Terre est bien ronde. Le coin est réputé pour la pêche à la baleine. Il y a mëme un panneau explicatif sur la pratique, comme quoi c’est pas grave, c’est une tradition. Dans une boutique, je trouverai des crackers à la baleine.

Je continue mon tour en marquant des pauses aux endroits curieux : un terrain de crocket-golf pour joyeux retraités, un petit port de pêche, un abri anti-tsunami, une vue sur un pont spirale.

Arrêt chez le barbier. C’est épique car personne ne parle de langue commune. Je dis juste « Shotari koto » (coupez un peu). A force de gestes et de dessins, j’obtiens la coupe désirée et de magnifiques favoris. Je ressemble  un à vrai gars des années 70. Deux choses m’étonnent : 1. ils ont une machine pour faire de la mousse à raser (et pas de bombe) et 2. je me fais raser le front… Le patron me coiffe avec application. C’est ça qui est fou au Japon : le mec pourrait s’en soucier comme de sa première paire de baguettes de me faire une belle coupe de cheveux. Il sait qu’il ne me reverra pas et il a toujours l’excuse de la barrière linguistique. Mais non, il s’applique comme si c’était LA coupe de sa vie. J’ai même droit à un nettoyage de lunettes aux ultra-sons! Je ressors étourdi de détente et de soin.

Je continue le long de la mer. Je trouve une barre rocheuse splendide. Un type avec une caméra de pro tient absolument à me prendre en photo. Le soleil couchant je dois rentrer. A mon arrivée a l’hôtel, je trouve mes vêtements pendus en train de sécher (alors que je les avais laissés tout bêtement posés dehors). Les proprios m’expliquent qu’ils ont fait une machine et se sont occupés de tout!!

Kushimoto, le lendemain :

Baignade, histoire de dire que je me suis baigné dans le Pacifique. La température est bonne. Je retourne à la barre rocheuse pour mieux l’apprécier. C’est marée basse alors je louvoie dans la roche et que j’observe la vie des crustacés.

Retour à Osaka par le train. Dans quelques heures, les premiers convives et amis de Maxime arriveront et ça va faire mal.

Le reste du récit ne sera que bribes de textes piochés au hasard de mon carnet.

Osaka et les environs la semaine suivante :

Repas avec les futurs mariés et trois bons parisiens dans les arcades de Tenjinbashi Suji. La soirée finit sur une baston entre deux clients : mec contre fille devant le restaurant. Ultra violence dans la rue, à base de genou dans la figure. On est choqués!

Un couple aixois et jeune parent nous rejoit le lendemain. Leur fille d’un an à peine est la star des rues d’Osaka. 54 « Kawai » à la minute.

Une sortie bloc en nature dans les environs avec Max. Occasion pour lui de couper son portable et de souffler un peu du stress du mariage

Enterrement de vie de garçon. Moment pas agréable à mon goût lors de la 1ère partie. Tout d’abord, Hooters, resto degeu et américain avec des serveuses à décolleté. L’ambiance chauffe avec les pintes. On traverse la ville pour aller dans un bar à striptease. C’ est horriblement affreux. On raque pour un « spectacle » et une bière. Une nuée de japonaise en bikini afflue à notre table, pour nous dire « bonjour ». Des gros dégueulasses anglophones les pelotent autant que faire se peut. Moment ignoble de domination masculine par l’argent. Je sors rapidement, davantage saoulé par le spectacle que par les bières. Je me sens triste et anormal.

Au Pure, on danse comme on peut et on boit comme on veut. On rit et on rentre à pas d’heure.

Le lendemain, on vide nos toxines dans l’onsen sur les toits d’un immeuble.

Dimanche :

Le dimanche à Kobe, c’est le jour du mariage On se fait beaux comme jamais. Tous en costard, les pourraves portent mal leur nom. On s’agglutine dans le train pour Kobe. Quartier huppé, restaurant français, beaucoup de fourchettes, cérémonie par un faux prêtre anglais. Maxime est ému et tendu. On sort étourdis de vin, de chaleur et d’émotions. Une bande de trentenaires en costume ne passe pas inaperçue dans Kobe… J’ai l’impression que tout le monde apprécie bien cette notoriété illégitime.

Puis, cocktails et bouffe à gogo. Pause au Glicoman. Cannettes de bière dans la rue. Batteur sur bidon plastique. Concert rock de papys dans pub anglais. Les survivants de la soirée finissent à manger dans un restaurant de Takoyaki (boulette chaude avec du poulpe). Fin au karaoke. On chante à pleins poumons du Céline Dion, du Scorpion et du Nirvana. La seule chanson française qu’on trouvera : « Tombez la chemise ». Hem.

Lundi :

Parc. Captain Tsubasa stadium (Olive et Tom en français). Session truandage de zombies en réalité virtuelle. C’est génial, c’est 2017. Fin au pub, bières et partie de billard minable.

Mardi :

Plage. Château de sable, boomerang (dans les doigts de Toni), gaijinettes qui font le pélican et pépé pervers. Le soir, resto classe a Umeda, avec Polo, le tonton de Max, ancien flic et réservoir d’anecdotes d’un temps révolu à base de pots de vin et de tournage de films spéciaux.

Mercredi :

Sushi train. C’est génial et c’est pas cher. Gavage de sushis. 13 assiettes!

Salle arcade, shopping de derniers souvenirs.

Tout ça finit dans un avion à côté d’un bébé qui ne pleure pas. Joie

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Kumano Kodo – jours 3 à 5

Résumé de l’épisode précédent : l’intrépide que je suis s’en va sur les chemins de la montagne japonaise. 1er jour, je deviens serveur de sashimis et le 2eme, j’ai maille à partir avec un macaque. Quelle sera la suite?

Hongu, jour 3 :

Après une nuit glaciale et humide, je me lève aux aurores. Thé noir et marrons grillés à la flamme de mon pauvre réchaud. Je fais un paquetage ultra léger et laisse tout le reste de ma vie dans ma tente. C’est le bon côte du Japon, ça ne craint rien. J’aurais pu même laisser un billet de 10 000 yens posé sur la tente, qu’il n’aurait pas bougé. Traversée de Yunomine Onsen, village thermal orné par une rivière qui sent l’oeuf. De fait, la coutume est de faire cuire des oeufs dans les sources chaudes et d’en faire offrande aux esprits.

 

Nouvelle portion de chemin sacré. La tradition de cette petite portion de 5 km est de faire le pèlerinage père et fils, enfant sur les épaules, sans toucher terre. J’imagine la situation du père qui glisse sur une racine humide et tombe avec l’enfant. Honte sur 9 générations et seppuku (suicide rituel des samouraïs) de rigueur !

 

Passage par le lieu originel du temple dans le lit de la rivière (et donc forcément détruit par des inondations, bizarre..) et par la plus grande arche (Tori) du Japon (du monde?))

 

Passage obligé par le Kumano Hongu Taisha, but du pèlerinage. Beaucoup, beaucoup de monde, mais c’est très beau. Dans l’endroit le plus sacré, il y a une cérémonie (mariage?) et des mecs avec oreillette aux quatre coins (des Yakuzas?). Dans ce lieu, on vient pour laver son âme des âneries de la vie précédente et de la présente.

 

Je reprends la route à contresens de la majorité. Je fais marrer ceux que je croise avec mon gros sac, ma coupe de samouraï et mon bâton en bambou. Beaucoup me posent des questions, me demandent d’où je viens. Au début, ça me fait marrer et après je m’esquive vite. On sort un peu de la forêt pour une zone plus agricole. Je croise une bande de singes qui harcèle les toits des fermes. On trouve des cabanes avec vente de prune salée en libre service avec la tirelire à côté. J’en achèterais bien si ça n’était pas aussi infect. Je croise un serpent, que je soupçonne d’être un mamushi (vipère mortelle du Japon).

 

Puis finalement, Hoshinmon oji. Petit temple final de ma visite. Je recroise le couple qui m’avait aidé deux jours auparavant (« Lucky Boy »). On discute et on se prend en photo. Je mange mon bento avec un nippon de circonstance. Puis je digère et attends le bus en dessinant le temple.

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Retour au campement et départ pour une auberge ce soir. Sur le chemin, j’utilise une passerelle. Elle me parait peu utilisée, au vu du nombre d’orties présentes dessus. Au milieu, je comprends que les écriteaux en bas devaient vouloir dire « Danger ne pas utiliser ». ça serait bête d’avoir évité les ours et les serpents mamushi, pour mourir sur une passerelle. Heureusement, mon oeil secret me protège.

Auberge agréable et traditionnelle. De l’autre côté de la rivière, que je vois depuis ma fenêtre, il y a un onsen en extérieur. Je m’y délecte à la tombée du jour (ou de la nuit).

 

Utegawa, jour 4 :

Au début de l’étape du jour, l’ambiance est superbe. Je longe la rivière et les bords fument à cause de l’eau thermale qui en sort. ça bouillonne même par moment.

 

La matinée sera une belle ascension dans la forêt. Que des gaijins (étrangers), j’hallucine. Arrivé au camping final, je ne trouve personne. Je pars à la recherche aux informations. Je trouve deux pêcheurs qui pique-niquent, ils comprennent rien à ce que je dis mais m’offrent … une bière. Je tourne dans les parages et je trouve un spot à barbecue, mais façon japon. High Tech. Les petits coins pour faire le feu, des petits pots à disposition pour déplacer les charbons vers les tables. Et sur ces tables, il y a un creux intégré pour pouvoir barbecuter peinard assis. Mise en place de ma couche, j’en profite pour faire une vidéo.

Place au onsen, dormais quotidien. Je rejoins les convives dans le lodge, qui est aussi la réception du camping, un hôtel, et une ancienne école. 80% de gaijins. L’après-midi, l’ambiance est étrange. Tout le monde rôde dans le village alors que chacun sait qu’il n’y a rien à faire. Tout le monde se connaît car on s’est croisés sur le chemin mais personne n’a envie de se parler. En tout cas pas moi. Je suis hors sujet. Le seul à dormir dans une tente, le seul tout seul, le seul qui mange des ramens deshydratés et pas le super plat du jour… Bref, je mange mes nouilles en compagnie du couple « Lucky Boy ». Je commence à comprendre que Madame Keiko est malade des bronches et fait le voyage pour guérison. J’en demande pas plus.

 

Kugochi, jour 5 et dernier jour :

Réveil très tôt car l’itinéraire du jour est difficile. A 6h, une sirène retentit dans le village. C’est un exercice et pas un missile (dixit le type de la réception). Ce même type qui me trace un plan du village AVEC UNE REGLE !! pour m’expliquer comment prendre le bus.

Revenons au départ, il fait nuageux. Je pars pour la dernière et la plus dure journée de trek. 16km et 1300m de dénivelé. ça se déroule bien je gère mon rythme et la pluie. Au  début gentille, puis de plus en plus énervée. ça commence comme une petite blague puis ça devient une humiliation persistante. Quelques heures de marche, puis une pause qui est à peine agréable car tout est mouillé.

Giono écrivait que le plus dur était de marcher la nuit avec ses soucis. Je pense qu’il ne devait pas connaître marcher sous une pluie battante, chargé comme une mule, ambiance brume façon Silent Hill, sur une montagne nommée « La demeure des morts ». Glups.

Finalement, j’arrive à Nachi San. Je lâche un bon « Yata » (j’ai réussi) des familles. Visite des temples humides, difficile d’y  prendre goût. C’est pourtant superbe. Je ne ferai même pas l’effort d’aller voir la cascade, la plus haute de tout le Japon.

 

Kumano Kodo – jours 1 et 2

En goguette à l’autre bout de la Terre, une furieuse envie de nature et de solitude m’a pris. Je me suis décidé à partir pour cinq jours de randonnée dans les montagnes japonaises. Armé d’un sac à dos, d’un bâton en bambou et de deux onigiris, voici mon récit.

Le Kumano Kodo est le St Jacques de Compostelle japonais. Situé au sud d’Osaka, dans la péninsule du Kii, c’est un pèlerinage sacré qui mène à trois temples majeurs de la spiritualité japonaise. Ces chemins sont pratiqués depuis plus de mille ans. Il y a plusieurs parcours possibles. Celui que j’ai fait dure cinq jours, partant de Takijiri, pour finir à Nachi en passant surtout par Hongu Taisha, le lieu saint. C’est la route dite de Nakahechi, celle qu’aurait suivi le premier empereur du Japon, guidé par un corbeau à trois pattes.

Takahara, le 29.9 :

Ce matin l’aventure commence dans le dédale de bus et de trains en direction du Kumano Kodo. Le paysage alterne ville, zone industrielle et bord de mer. Petit à petit moins de gris et plus de vert. L’excitation nerveuse aura raison de ma fatigue, pas de sieste dans le train.

A Takijiri, je prends des informations auprès de la guichetière. Il ne semble pas y avoir d’ours. Quand je pose la question du camping sauvage, elle prend l’air contrarié des japonais. Cet air qui signifie « Non, mec, ça se fait pas. Tu devrais le savoir. Mais je vais rester évasif pour ne pas perdre la face. » Après que j’aie insisté un peu, elle ne répond plus que par « I don’t know ». On dirait un bot dans un jeu vidéo, que tu as énervé par les mauvaises actions et qui bloque toujours sur la même phrase. Je fais le touriste et je repars avec un bâton en bambou et une amulette de protection.

Premier temple. C’est beau mais j’ai tout de même un truc dans les tripes qui ne va pas. Le fait d’être tout seul, l’environnement complètement différent, le son  des insectes et oiseaux inconnus, les frelons géants. Bref, je ne suis pas au top.

Arrivé à Takahara, je visite le beau temple avec des camphriers taille Baobab en décor. Je repère un bout de terrain plat pour mettre ma tente. J’en avise deux pèlerins qui arrivent, pour connaître leur avis sur le sujet. Le fameux sourire crispé. Par le truchement du hasard (ou du pouvoir de l’amulette), un type passe en voiture (ha oui précision, on est bien paumé dans les montagnes). La femme du couple lui demande un spot pour ma tente. Et le gars dans la voiture, tout grand et tout pataud façon Goofy, me sourit et me dit « Come in the car ». « You are a lucky boy » me dit la pèlerine. Je pars je ne sais où.

J’arrive dans un hôtel. Le patron est super sympa. Il me montre un endroit plat avec vue superbe à côté de sa cabane. Je l’entendrai plus tard jouer de la guitare. Près de moi, un vieux coupe des bûches à un rythme très calme. Le patron me montre les toilettes (« Japan Hi Technology »), l’eau… et me propose même le onsen. Travaillant dans cet hôtel, qui accueille principalement les touristes-pèlerins, il y a un couple d’italiens wwoofers. J’offre mes services aussi et me voilà embauché comme serveur. Tout le monde est sympa et m’offre à manger. C’est dingue!

Watazane Onsen, le 29.9 :

Levé aux aurores, je plie ma tente sans bruit. J’arpente la forêt avec mon gros sac, pas très rassuré à l’idée de croiser un ours (merci Max). Je ne vois aucun humain pendant trois heures de marche. Assez fou de marcher comme ça tout seul. Le sentier est splendide, les troncs sont droits comme des colonnes. Il y a beaucoup de spiritualité. Plein de pensées viennent dans ma tête et c’est bien. Je croise une biche qui s’enfuit. ça me donne des sueurs froides. Je pense a Giono et sa dualité fascination / terreur face à la nature. Je suis en plein dedans.

Tsugizakura. Temple superbe entouré de cèdres millénaires et majestueux. Pause thé dans un bâtiment traditionnel. « Puis-je camper? » et le fameux sourire « je suis gêné, nanana.. » Finalement, la taulière m’indique un lieu à quatre kilomètres du village dans la forêt. Je suis fatigué comme jamais mais je me dis que je n’ai pas le choix.

Le spot est chouette mais bien isolé et proche d’une maison abandonnée. J’installe mon campement et j’entends une branche craquer pas loin. Bizarre… Je m’approche et je vois un animal de taille moyenne qui se faufile dans les branches. Ourson? Singe? ça grogne et ça grogne sévère. Je prends mes jambes à mon cou et me voilà hors d’atteinte. Le singe (c’en est un, j’en suis sûr) secoue son arbre comme un diable pour m’intimider. Je suis comme un idiot et je vois les sacs de bouffe, qui doivent le mettre dans cet état. Je me dis que si je ne fais rien, il va se carapater avec mon 4h et ma nourriture pour les jours à venir. Précision : je suis sur une section où il n’y a plus de superette avant 1 jour et demi de marche…

J’y retourne et décide courageusement de ne pas rester dans le coin. Après tout, je ne suis qu’un visiteur sur son territoire. Je reprends mon paquetage et rejoins une route pas loin de là. Miracle, il y a un arrêt de bus. Je prends le premier qui vient. Il me fait gagner un jour de marche et me pose près d’un camping. Le bain chaud du onsen ce soir là me fit un bien fou.

 

Japon!

Contextualisons un peu, nous sommes fin septembre 2017. On vient de finir une boucle complète, un tour des alternatives rurales en France. On recharge les batteries près d’un lac Suisse entouré de montagnes. On pourrait dire que nous terminons la partie 1 de Moustaroot.

Sauf que Maxime, un ami de Pierre se marie tout bientôt avec Nozomi, une japonaise … et donc à Osaka ! Impossible de rater ça et prétexte rêvé pour faire péter son bilan carbone, en toute mauvaise conscience. Billet en poche pour le Japon (pays mélange de tradition et de modernité sic!) , je pars seul pour une semaine de randonnée sereine dans la nature et une semaine de festivité décadente dans la ville. Pour conter cette aventure, je prendrai des extraits de mon livre de bord, agrémentés de dessins et photos de circonstance. Changement de style.

 

Quelque part au dessus de Zurich 

L’accélération de la carlingue bringuebalante fait duo avec le son puissant des deux moteurs gigantesques. L’horizon s’incline; l’apesanteur fait un soubresaut. L’avion décolle. La vue sur Genève de nuit est superbe. Les fils de lumière reproduisent la carte que je m’en fais. Les bandes d’ombre laissent imaginer le Rhône, l’Arve ou quelques prés survivants. Ensuite les classiques : films pourris, jus de tomate, sommeil inexistant, nuque douloureuse.

Quelque part entre la Corée et le Japon

Dans l’aérogare de Pékin, l’errance aura duré quelques heures. Le décalage horaire, linguistique et culturel me frappe en pleine poire. Je me perds dans les couloirs, j’attends inutilement au mauvais guichet, derrière 5 russes dans la faiblesse de l’âge. Les moments agréables furent : la sieste dans une capsule prévue à cet effet et manger des ailerons de poulet.

Pendant le vol, la carte indique que nous volons au dessus de la Corée Je regarde en direction de Pyong Yang, sans voir la trace lumineuse d’un missile intercontinental. Je suis presque déçu. Sur la mer de Corée, les bateaux de pêche forment une constellation du zodiaque inversée.

Mes voisins de voyage s’obstinent à me parler japonais. Les deux seules choses que j’ai comprises : 1- ils habitent sur l’île de Shikoku. 2- Ils sont ravis que je fasse le Kumano Kodo (randonnée – pèlerinage d’une semaine) tout seul. Sugoi!!!!

 

 

Osaka

Je suis arrivé à l’autre bout de la Terre. Après quelques galères dans le labyrinthe des contrôles aéroportuaires, je suis sorti de la bête. Le passage scan des empreintes + photos fait un peu flipper. On entre dans le cocon doux de la surveillance de masse. Tout va bien si tu te tiens à carreau mon enfant. Bientôt, je rejoindrai Max pour lui partager mes saucissons d’Ardèche et mes odeurs de bras.

Retrouvailles joyeuses et arrosées. Réveil créatif, on se dessine les uns les autres en buvant de la soupe de maïs (!). Session bloc indoor (escalade en salle) et système de quotation incompréhensible. Achat d’un mini réchaud et d’une clochette pour faire fuir les ours. Après insistance de Maxime, je suis convaincu par la clochette. Je me demande si ça ne lui fait pas plus plaisir qu’à moi. On déambule dans les rues marchandes comme des consommateurs.

 

 

Moment Onsen. Les onsens ce sont les bains thermaux japonais. Ultra présents dans la culture et très démocratisés, tout la société japonaise y va (à part les clochards et les yakuzas) et ce tout au long de la journée.

On commence par les saunas respectivement a 60 et 85 degres. Sueurs à grosses gouttes. On passe de pièce en pièce, variant les températures et les concepts : hyper chaud, allongé sur des galets, pièce tapissée de sel de l’Hymalaya, bains avec un sachet de thé géant (genre 5kg). Il y a aussi une bibliothèque remplie de mangas, il doit y en avoir au moins 500. On en choisit un et on se pose sur des tatamis, profitant du calme et de nos corps relaxés. Les gens sont autour assis à des occupations calmes et délassantes comme la sieste, la lecture ou la TV.

22H, c’est l’heure de l’attraction. Dans un sauna bien chaud et humide, trois employés entrent. Autour de la source de chaleur, assises en rond, une dizaine de personnes attendent. Après un discours, le trio agite des serviettes. La chaleur est assourdissante (!). Pour parfaire le tout, ces malandrins passant devant nous, pour fouetter la serviette en direction de la gueule. Prends tes 80° en faciale. On sort de là, à la fois soulagé et apaisé.

La suite se passe dans la partie aquatique. Hommes et femmes séparés car on va se devêtir et ça ne dérange personne (de retirer ses sapes). Primo, on prend une bonne douche. Et oui, on ne va pas foutre nos miasmes dans le bain commun. Séries de bains, certains en extérieur. Il pleut, l’ambiance est incroyable. Nous sommes tous nus, tout le monde se sent bien. Je regarde un japonais posé sur une pierre, une jambe dans l’eau chaude et la tête sous la pluie. Il regarde l’onde dans le vague. Je me demande à quoi il pense.

Maxime va dans le sauna pour une nouvelle expérience maso-thermale. Je l’attends dans un énorme pot de grès, pouvant contenir un petit olivier. Mais rempli d’eau chaude et non de terre et de racines. Deux employés invitent tout le monde  à entrer dans la pièce pour prendre tarif. Je fais signe que j’ai déjà eu ma dose. Ils sont devant la porte, l’un parle a l’autre. Il se retourne, me regarde, parle à son collègue. Et ils se marrent. Le premier vient me voir « You should come. Best attraction! » Je fais non mais je rentrerai tout de même, quelques minutes après, poussé par la curiosité. C’est pire que la fois d’avant. Ils sont armes d’éventails géants. Je ne tiens pas longtemps le supplice et fonce dans un bain d’eau froide.

 

 

Bien entendu les photos ne sont pas de moi, étant donné, évidemment, que les appareils photos sont interdits dans les onsens.

Dernier resto de poisson. Je fais le plein de produits déshydratés pour tenir les premiers jours d’aventure. Ma nuit est agitée, je ne trouve pas le sommeil. Je pense aux ours. Je regarde des infos sur le net concernant les ours. ça me rassure moyennement : 16 morts l’an passé, des cadavres défigurés… ça m’inquiète plus encore que pour les frelons géants… Je dors quelques heures, je me rattraperai sous la tente demain.

Lyon et environs

Pour celles et ceux qui se demandent à quoi carburent deux vagabonds ruro-grimpeurs et rédacteurs de billets, il y a plusieurs réponses. Parce qu’en plus du bon pain, du fromage de bique et des poissons grillés, c’est surtout de la poudre verte qu’il nous faut, et de la fraîche de préférence !

Pour se ravitailler, on a la meilleure adresse : chez Vincent. Ami d’enfance de Pierre et fondateur de Spirulib. Spirulinier de père en fils depuis lui-même, il nous fournit la meilleure came d’Auvergne Rhone Alpes ! On en profite pour faire une petite visite de ses serres et pour lui rafler une dégustation de cyanobacteries toutes fraîches (pas encore sur les marchés, la fraîche, mais ça ne saurait tarder!) Un aubaine aussi pour Mario notre petit van, qui se trouve une copine : la 104 de Spirulib.

Ensuite on prépare une visite surprise au fringant Adrien de frère à la Croix Rousse. C’est le moment de se faufiler dans les pentes et les traboules, de goûter de la tripe de choix puis de photographier des choses, de toucher un gros caillou (quel nom!) et d’entendre le tenancier de restaurant le plus rétrograde et mysogine jamais vu déblaterer sur la décadence du quartier, les tarlouzes de bobos pères au foyer et les saloperies de gauchistes. Longtemps, on a cru à une caméra cachée. Dommage, son andouillette à la moutarde est exquise.

Le Trièves

Coincé entre 3 massifs montagneux, il y a un petit triangle des Bermudes de l’Isère où viennent se perdre les néo-ruraux en mal de verdure et en quête de vraie vie. Petit coin d’hyperactivité associative et rurale que même Giono (a.k.a. le boss de la littérature rurale) portait dans son coeur.

Pendant le séjour on a eu la chance de passer à une fête paysanne organisée avec la Confédération Paysanne, à la ferme du mont Inaccessible. Située juste au pied de cette fabuleuse montagne digne des plus beaux films d’indiens : le Mont Aiguille de son autre nom. On a appris plein de choses sur la tonte des moutons et puis aussi sur toute la main d’oeuvre nécessaire pour obtenir de la laine. Yannick nous a même fait une petite démo. Il y avait aussi une cardeuse de laine écossaise. Ce petit monde se regroupe et aimerait à terme relancer une filière de la laine dans la région. Courage.

C’est l’occasion pour nous de faire une belle promenade avec vue sur le Vercors, juste avant les premiers flocons de la saison.

Pendant notre séjour, nous avons fait le détour par Notre Dame de la Salette – au dessus de Corps (et âme). Après Lourdes, c’est le place to be du catholicisme. Le mythe fondateur : Deux bergers illettrés, jeunes et innocents, ont rencontré une femme tout en blanc. Elle pleurait et a commencé à trasher les humains qui sont tout pourris et qui croient plus en elle. Bref, elle leur a demandé de faire passer le mot sous forme d’une tirade de 30 lignes. En revenant, ils ont relaté mot pour mot l’histoire et demandé à tout le monde d’aller plus souvent à la messe. Pour finir, la dame s’est carapatée vers les cieux, se la jouant fille de l’air. Tout ça a été certifié par toutes les autorités religieuses, façon fact checking à l’ancienne. Superbe occasion de construire une église, un couvent et des boutiques à souvenir. Mais surtout, Arcabas a eu la bonne idée de venir y peindre quelques chefs d’oeuvre.

Le Trièves c’est surtout deux villes : Clelles et Mens. Petite préférence pour cette dernière: son café des sports (on en parlera plus tard), sa radio associative : radio Dragon, un petit temple, le marché du samedi, le moment social inratable …

Le Trièves c’est aussi l’autre pays de Giono. Ceux qui connaissent l’oeuvre de ce maître savent bien qu’il louait la Provence dans ses textes. Mais il a aussi passé pas mal de temps dans le coin. Je vous conseille Les vraies richesses qui se passe en grande partie dans le village de Treminis. Moult coïncidences – ou signes suivant le niveau de mysticisme : on rôde sur ces terres, Yannick notre hôte est un grand fan, il me prête les livres que je n’ai jamais pu trouver. Il nous indique aussi le musée Giono tout proche. ça sera l’occasion d’une escapade. Et arrivant sur le lieu, on croise Nalid rencontré précédemment à Eourres. Il est de passage pour venir chercher l’ânon de son ânesse. Tout ça loin de chez lui. foufou.

Enfin, plein de randos dont celle dite des passerelles du Drac. Ponts suspendus au dessus d’un lac de barrage.

Chartreuse et Matheysine

Grenoble : promenade familiale sur la Bastille, on redescend avec les célèbres oeufs. C’est l’occasion aussi de visiter un parking hélicoïdal, début vingtième, en gestion communautaire.

Ensuite, on grimpe direction le Sappey en Chartreuse!

On trouve un petit coin très sympa, au milieu des montagnes, pour passer la nuit. Comme nous sommes juste à côté de St Hugues en Chartreuse, nous profitons de la matinée suivante pour aller visiter une chapelle hors du commun ! Elle a été entièrement décorée par un artiste récent, Arcabas, peintre mystique. Les oeuvres sont éblouissantes et l’ambiance tout à fait particulière. Cette chapelle est l’oeuvre de sa vie. Il l’a peinte, sculptée, façonnée pendant plus de vingt ans.

Enfin, on se dirige vers ce pour quoi on était venus : l’inénarrable Festival des Baluchons! L’occasion d’écouter du bon son, de patauger allègrement sous un chapiteau, de voir un spectacle fort lol (Barbe-Bleue 2.0) et de déguster un drôle cocktail à base d’on ne veut pas trop savoir quoi. Enfin, climax de la soirée, on croise deux anciens potes de fac de Pierre! Pas vus depuis 10 ans et ils se croisent perchés sur une montagne au milieu de nulle part.

Le lendemain, rien de tel qu’une grande ballade, à l’assaut de la Chamechaude (véritable autoroute pour tous les Grenoblois en cette saison et point culminant du massif de la Chartreuse).

Puis, nous quittons Grenoble en direction du Trièves. Bref passage par la Matheysine. Un petit camping pour le plaisir inégalable de prendre une douche chaude ^^. Le lendemain, c’est la rentrée : on commence notre premier jour à la ferme de la Salamandre.

La Provence – bis

Oyez! Avant-propos : on est de retour!

Après une pause de voyage et d’écriture, on reprend la route et la plume. En cause, un retour dans les montagnes, une escapade au Japon et plein d’autres aventures qui vous seront contées bientôt. Mais reprenons le cours du récit, où on l’avait laissé.

Exit la région Occitanie, et rebonjour PACA. Escale dans la garrigue, pour goûter le raisin et les figues. Les copains sont toujours là et la piscine ne l’est plus pour très longtemps.On fera de la garbure et des ripailles de mets du sud ouest, faisant couler le tout avec un magnum de Cahors. Des kilograppes de raisin sont cueillies pour finir en jus et en confiture. Des kilos de mûres aussi, qui finiront directement dans les estomacs.

 

Quand le sort est jeté, on doit partir. On traverse les baronnies, nous voilà de retour dans la vallée de la Méouge, en terre d’Eourres. Revoici Julie et Simon qui avancent dans leur projet de ferme pédagogique. On les aidera à retaper les serres et à planter du sorgho, entre 2 séances de thérapie à base de chatons.

 

Laragne, ville un peu sinistre… Pause Wifi et serveur friendly. Entre déprime et séance de ciné, on décide de filer. A Gap arrivés, la pluie a commencé. Haut perchés, la vie vagabonde accompagnée de courgettes chasse les mauvaises pensées.

Gap sous la pluie, manif de soutien pour une fonctionnaire solidaire de personnes migrantes, virées du ministère de la justice. Très peu de monde sous la tente de circonstance. Route Napoléon pour atteindre Grenoble, session bloc pour les bras et Le Hussard sur le toit, pour dormir.

Ô Languedoc

A Castres, nous avons assisté à une parade militaire de grabataires. Éclusé une librairie-papeterie pour ne finalement rien acheter, bu du Cacolac en critiquant tout ce qui passait et fini par mettre les voiles en lâchant au passage un coup de klaxon, désormais coutumier de la manigance. Et admiré les maisons penchées au dessus de la rivière, sorte de sous-Amsterdam languedocien.

Avons roulé sans pause, jusqu’au soir et jusqu’à ce que la route s’arrête, tout naturellement, en haut d’une colline. Nous arrivions dans la cour d’une maison, devant une tablée joyeuse en train de souper. Ils nous ont accueillis avec sourire et nonchalance, et nous ont laissés passer la nuit dans leur jardin (grand!)

Pour la journée d’anniversaire de Pierre, il allait sans dire que nous allions faire un peu d’escalade. Dans une gorge des plus fréquentées – mais après tout, pourquoi pas, passer son mois d’août en France profonde, avec le sentiment de se faire une virée par le métro de Tokyo?

Bien avisés par les conseils de l’officieuse de tourisme d’un de ces plus beaux villages de France ™ , nous échouons en haut de la montagnette , près d’un hameau nommé Douch. Plus précisément, on se collera près de l’église excentrée et de son cimetière. Nous avons demandé la permission aux morts pour dormir auprès d’eux. Qui ne dit mot consent.

Promenades, les jours suivants. Parfois le paysage en venait à changer tous les cinquante pas, nous étions en train de passer par les niveaux et les mondes d’un jeu vidéo.

Et puis juste avant d’atterrir dans la Drôme, nous sommes passés par Celles. Village rescapé, tout petit dans son désert de pierre rouge (dite ruffe). L’édification d’un barrage, dans les années 70, l’avait condamné à muter amphibie. Histoire de mieux irriguer la sacro-sainte vigne nationale. Mais maladresse des ingénieures ou miracle des lois lacustres, Celles est demeuré bien au-dessus du niveau des eaux, à quelques mètres du rivage. On vient de partout se tremper dans le lac de Salagou et s’accrocher, baigneurs et baigneuses-oiseaux, sur les cimes des arbres qui dépassent encore. Village déserté, donc, mais faisant actuellement l’objet d’un projet de réhabilitation. Futures habitantes et habitants sont cordialement invités à venir s’installer pour gratis, en échange de quoi, ils et elles s’engagent à restaurer leur habitat et à occuper des postes tournés vers le savoir-faire et les techniques de l’environnement. A bon entendeur…