Le Quercy

Entre les virées en 2cv et le montage d’une maison en bois, nous profitons de nos après-midi. C’est le bon plan du wwoofing chez Eric : on bosse le matin et l’après-midi c’est quartier libre. Alors on visite cette belle région faite de gras de canard et de vin puissant.

 

Tout d’abord, le festival du Père Quepas à Montaigu en Quercy, pris en main par le collectif des AJT du Q. Coïncidence superbe, la semaine de notre présence un petit festoche est organisé. Sorte du bal du village surboosté croisé avec des délires d’artisans sculpteurs. Pendant une semaine, des tailleurs de pierre, charpentiers, ferronniers d’art,… se rejoignent toute la journée et travaillent sur un oeuvre pharaonique. Le but est de présenter la création le dernier soir, clou du spectacle de la semaine festive. C’est un marathon d’artisan, un artisanathon?

Entre les journées de travail, il y a des soirées de fête qui s’intercalent. L’ambiance est top : fauteuils dehors, toiles de navires au ciel et pluie fournie qui n’empêche pas les transis de danser. De très bons groupes, DJ Kosmo Pilot qui assure tous les afters, des repas végé délicieux servis par des mecs en blouses à fleurs.

 

Fidèles adorateurs du totem carnavalesque, grandissant chaque jour, nous avons été présents trois soirs sur 7. Et voici que vient le dernier soir, le plus important. Le soir où il y a le plus de monde aussi, c’est samedi soir. Les créateurs ont du retard, encore en train de fignoler et de souder à 23 heures alors que la présentation est prévue à 21h. La tension monte, de plus en plus de monde s’agglutine autour des rubalises. On se bouscule un peu pour assister au montage et comprendre ce qui se trame. La sculpture doit mesurer 3 ou 4 mètres de haut. C’est une figure de bascule. D’une part, l’oiseau (articulé, siouplait) et de l’autre, le nid et son oeuf en pierre massive. On nous souffle que le tout pèse 8 tonnes. Puis, attention, silence et spectacle. Un manitou avance et tend son bras télescopique pour monter le nid de géant. Toute la partie délicate réside dans la mise en équilibre des deux parties. Des tiges d’acier retiennent l’ensemble. On nous fait reculer, dans la lumière des spots, la foule retient sa respiration… La balance se met en tension, la structure craque, les mâchoires se serrent et soudain l’une des tiges d’acier cède avec un claquement puissant. Déception ambiante. On se regarde, on ne sait pas trop… Puis la musique reprend. Tant pis, ils feront mieux l’année prochaine.

 

Les concerts commencent et la fête continue! On en gardera tout de même un bon souvenir.

Autre joyeux souvenir: Tournon-en-Agenais, bastide de la région d’Agen. On y goûtera le calme et un thé à l’amande. Laure écrit, Pierre dessine les ruelles et ils sont contents de leur travail.

 

Le bruit de mobylettes nous sort de cette concentration et jure avec le décor. A y voir de plus près, c’est une bande d’aficionados de la mobylette (oui ça existe), avec des brelles toutes belles… On repasse à Tournon quelques jours plus tard pour la (célèbre?) foire aux tourtons, sorte de tarte tatin agrémentée de jolis bigoudis faits de pâte feuilletée caramélisés au sèche-cheveux. C’est plus cher que ça n’est bon.

 

Depuis quelques temps, nous sommes redevenus des lecteurs assidus. Et ce qui tombe drôlement bien, c’est la présence, dans chaque ville, chaque bourgade, de ces petites cabanettes à livres. Alors on y trouve un peu de tout, et sans doute plutôt moins que tout, dans la mesure où, servant de débarras, ces petites boîtes se font souvent le réceptacle des lectures devenues inutiles, encombrantes, voire honteuses. Au hasard : des manuels de première années de fac de droit, des classiques incontournables des années collège, un bonne proportion de collection Arlequin, enfin de petites horreurs comme le manuel du paradis fiscal, le Cercle des gagnants (vous expliquant comment le rester puisque manifestement vous l’êtes déjà), ou bien la parfaite marche à suivre pour manipuler les hommes. On se régale. Et parfois même on trouve véritablement de quoi se mettre sous la dent, moyennant un échange glané sur la boîte à livres précédente.

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Et puis dans le Quercy on y aura grimpé (forcément), vu Fumel, ville vraiment pas top, bu beaucoup de vin de cahors, assisté à un marché gourmand et musical, et mangé un duck burger. On se souviendra des séances de cinéma du mercredi chez Eric (avec le groupe électrogène en guise de fond sonore), du vent d’Autan, de Montaigu en Quercy, des prunes et des mûres.

 

Le musée de l’insolite

Quelque part entre la rivière Célé, la route goudronnée et la falaise, il y a un de ces fameux lieux qu’on aime découvrir. Rempli de poussière, d’objets de récupération et de bricole, le musée de l’insolite a enchanté notre journée.

Créé et maintenu par Bertrand, un soixantenaire barbu, le musée de l’insolite existe depuis 1988. On y trouvera autant d’objets extraordinaires qu’il y a d’idees folles dans le cerveau de leur createur : Voiture écartelée, enclume suspendue à un plafond de roche de 60 mètres de haut, fausse pub, blague douteuse, toile (d’araignée) à vendre.


Au fond du jardin, derriere ce fatras creatif, Michel Herbaut a installe son atelier de l’Estampe. Ce lieu de travail contient un atelier de lithographie et de xylographie.

Les Hauts Parleurs

Si d’aventure votre route passe par Villefranche de Rouergue et que vous avez encore du temps entre une bouchée d’aligot et la visite de la vieille ville, alors passez voir Les Hauts Parleurs. Ce lieu alternatif accueille l’association du même nom, et en fait un endroit culturel polymorphe comme on les aime. On pourra déguster un repas du midi les jours suivants :

    • jeudi ==> repas du marché
    • vendredi ==> tartine
    • samedi ==> galette

En plus d’être bon et frais, c’est cuisiné et servi par une équipe de bénévoles top niveau, rigolarde, et dont la moyenne d’âge excédait à peine les 70 ans ce jour-là. En plus de se remplir le ventre, on peut faire pareil pour son cerveau avec la possibilité de se procurer le dernier fakir ou de consulter le Monde Libertaire. Pour les astigmates qui ont oublié leurs lunettes ou ceux qui veulent laisser aller leur regard, on pourra déguster la galerie. Ces temps-ci, ce sont des collages à message tendance féministe ou politique qui recouvrent le mur. L’artiste ne manque pas d’humour.

En plus de tout ça, l’asso propose un programme de concerts à décoiffer n’importe quelle crête iroquoise. La salle de concert est à peu près grande comme 4 placards à balai mais l’ambiance est chaude.

Les hauts parleurs
34 Rue Alibert, 12200 Villefranche-de-Rouergue, France
+33 9 80 90 73 09
https://goo.gl/maps/X16yACbEYAR2

Aveyron (et les enveyrons)

Et pendant qu’on vivait et travaillait avec nos amis de Garza Loca, on en a profité pour visiter la région aveyronnaise. Et voila en photos ce qu’on a vécu :

Le mugnificent village médiéval de St Antonin Noble Val avec spot de grimpe et festoche integré.

 

On a fait l’ascension du rocher du Grob à Bor et Bar (et grillé des saucisses au bord de la rivière).

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On a regardé des films au festival « Sous les étoiles » de Najac (le village de Ici Najac à vous la Terre). Et on a dansé avec un vers collant en écoutant la Yegros au festoche Samba del pais avec le DJ triporteur et le bar Viking.

 

On a visité la belle ville de Villefranche de Rouergue, son marché, ses monuments religieux (et son retable construit en 15 ans) et les Hauts Parleurs.

Enfin, on aura vécu une soirée rockabilly au bar de Sanvensa starring Eddy Ray Cooper. Picon pas cher. Festival de personnages, tous plus dingues les uns que les autres : une fleuriste hollandaise et aide-barmaid, un couple d’anciens soixantuitards passionnés de géologie, une mamie qui danse mieux que tout le monde, un jeune loup overactif en chemise hawaïenne et bourré de tatouages, une actrice autoentrepreneuse spécialiste d’humour et de musique.

En repassant devant le même bistrot le lendemain, la gérante passe une tête par la porte et nous invite à boire un café salvateur!

Et des portes.

Provence et Occitanie – on the road again

Après la Corse ensoleillée, notre parcours agricole est mis en pause pour quelques semaines. Le temps pour nous de faire un joli voyage dans le quart sud-est.

Marseille. On retrouve les copains. C’est aussi l’occasion de visiter les fameux quartiers : Cours Ju(lien pour les non-intimes), Noailles, le vieux port, le Panier. Lumière unique de la cité phocéenne, cortège de personnages et criée sur les marchés.

Souvent sur les façades, on croise des galeries ! C’est la rue qui est à l’art.

Puis la Provence. Cigales assourdissantes et piscine de fraîcheur. Passage à la case famille pour Laure et gavage d’escalade et de VTT pour Pierre autour du mont Ventoux et des dentelles de Montmirail.

Après quelques accolades d’amis, des pastis trinqués et des molkys lancés, nous repartons vers l’ouest. Collias, le gardon, via ferrata, les marchés provençaux, les pêches et les abricots… la manie des taureaux.

Dans le sud des Cévennes, nous passons par Sauve, rendre visite à un ami. Partage d’idées, nous abordons l’évolution de notre plan (mystère et boule de gomme).

Enfin, la route nous emmène un peu plus loin vers le centre, et nous commençons a retrouver du vert.

Aveyron, Cantobre, concert de jazz à Millau.

Albi, ville de brique, cathédrale over-dimensionnée.

On nous parle de Roquefort, la ville, et de ses caves. C’est l’occasion d’y faire un tour. Un petit coté Le Roi et l’oiseau. Le village, dans sa quasi totalité, appartient à Société, Lactalis et Papillon, grandes marques de roquefort. Leurs caves refluent du froid dans les rues, désertes. On rigole un peu, mais on ne reste pas longtemps.

Ensuite, on file vers Villefranche de Rouergue, direction la ferme de Garza Loca!

 

Adieu la Corse

Bien que ce blog subisse un décalage temporel dû aux aléas de notre rythme buissonnier et de nos accès randomatoires à l’Internet, dans cette réalité, nous disons au revoir à la Corse.

C’est le moment de vider notre carton à souvenirs numériques. On y trouvera en vrac des criques isolées propices aux baignades naturelles, des arbres dragons, un sapin façon Asie contemplant les aiguilles de Bavella, et Mario u vanu sous divers angles.

 

 

Mais aussi, un cairn super classe qui apprécie la vue, une Mussi non moins classe et tout aussi contemplative, la vue en question et des rochers proches de Portu, aux formes incroyables

 

 

Une nuancier fait de grès, une publicité pour une marque de grimpe quelconque, un arbre méduse, de l’eau de roche claire comme elle-même, et des pieds bénissant cette dernière.

 

 

Une vue tarabiscotée et ubique sur un soleil levant et une cabine de pilotage, les aiguilles ciselantes de Bavella, les ruelles de Cargese qu’on jurerait cubaines mais qui sont corses , mais qui sont grecques (en vrai), une petite humaine contemplant un lion de roc.

 

Francischu – la fin

Encore quelques croquis qui traînent dans un calepin. Des bribes d’impressions de la source d’eau fraîche que nous puisions tous les 15 jours. Une esquisse de la cabane au milieu de l’olivier géant, lieu de sommeil de Kisaja, l’ado de 15 ans élevé dans diverses communautés et sur les routes. Il est maintenant fan de FIFA, de Ronaldo et de pêche sous-marine. Preuve qu’ à force de chasser le naturel il revient parfois à la vitesse d’un paresseux sous ketamine.

 

 

Et puis, voici encore quelques photos de ce Lieu Unique. Dans l’ordre, une vue sur le citronnier et les blocs de rochers qui sont semés partout sur le lieu, l’intérieur de notre résidence avec Jean-Boudin et feue Séraphine, une vue de la yourte de Jul (intérieur et extérieur) et enfin, sa chambre d’été aménagée sous un rocher.

 

 

Francischu 4 – le plan

Pour clôturer ce mois passé dans la communauté (quasi) autonome et sans énergie ajoutée (pas de pétrole et pas d électricité), nous avons bricolé un petit plan d’ ensemble du lieu. Bien entendu, c’est totalement subjectif et ça n’est pas du tout à l’échelle.

Les clichés corses

« T’es déjà allé en Corse? »
« Non »
« Tu vas aimer, tu vas voir. Y a la mer et la montagne. Faut absolument que t’ailles à [insert random touristic place]« 
Voilà en teneur la conversation la plus courante que nous avions avant de partir sur l’île de beauté (sic). La Corse et les corses, ça fait rêver et ça allume tout de suite une case bien précise de notre cerveau au rayon préjugés régionaux. Après avoir passé un mois en Corse, voilà ce que nous pensons de ces clichés, lesquels sont vrais, lesquels sont seulement dans « Astérix en Corse » et ceux que nous avons découverts.
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Les clichés certifiés authentiques :
  • Y a la mer et la montagne. On a vérifié in situ
  • C’est trop beau
  • Les sangliers (et les sanglichons – sorte de cochons sauvages)
  • Les insulaires ne sont pas accueillants accueillantes – dans les zones touristiques
  • L’accent façon Le Parrain
  • Les panneaux repeints par un 38 mm (impacts de balles)
  • Les chants corses
  • La sieste
Ce qui est faux :
  • La bonne charcuterie et le bon fromage. Soit la qualité n’est pas exceptionnelle, soit c’est hors de prix
  • Les locaux ne sont pas accueillants – hors des zones touristiques
  • Le fromage avec les vers dedans (le seul qu’on ait vu c’est celui qu’on a laissé moisir à l’air libre une semaine)
  • Ils sont fachos (ben pas plus qu’ailleurs en France – nous a-t-il semblé)
  • La loi du silence. Ça n’existe pas, ca n’a jamais existé. Je ne sais pas de quoi vous parlez, je faisais la sieste à ce moment là.
Les clichés que nous avons découverts sur l’île:
  • Les (saloperies) de geais. Malins, voleurs et intelligents, ils sont nombreux et s’approchent sans crainte
  • Il n’y a pas de pies en Corse
  • Les vrais ont un 4×4 et une arme à feu sous le siège
  • Les panneaux de ville avec les noms en français biffés (et ceux en corse intacts)
  • La Pietra (bière locale) et la farine de châtaigne sont hors de prix
  • Les frappés et les canistrelli (pâtisseries)

 

Voir, écouter et apprendre – Francischu 2

Voir des hommes nus travailler la terre.

Ecouter leurs pas sur le sol

Apprendre à trouver ça normal

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  • Voir un évier bouché par des fleurs de chêne vert.
  • Voir des traces de sangliers intéressés par les cultures vert éclatant.
  • Voir l’ arrondi des rochers de granit se découvrir, à force de coup de serpette dans le maquis
  • Voir le coucher du soleil sur la mer et le lion de Rocapina
  • Voir de belles lignes de bloc à ouvrir dans le spot du Castello à 5 minutes de marche de la communauté.
  • Voir les légumes les plus mûrs, les arracher pour les cuisiner derechef.
  • Voir le couple de loirs assoupis qui nichent dans le plastique transparent qui fait office de plafond dans les toilettes.
  • Voir une finale de coupe d’Europe dans le bar des nationalistes corses, avec en bruit de fond les engueulades normales du genre « je vais te tuer »
  • Voir avec satisfaction un champ de sorgho tout juste planté après l’avoir bêché des heures sous le cagnard.
  • Voir des daurades, des sarres et des murènes onduler sous l’eau rafraîchissante et silencieuse.

 

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  • Ecouter, incrédule, les geais imiter les milans.
  • Ecouter la guitare et les chants vibrer autour du feu.
  • Ecouter les cigales chanter sous une chaleur de plomb pour s’endormir à l’heure de la sieste.
  • Ecouter l’accent corse de Michel, le fermier voisin, pendant qu’ils nous conduit à tombeau ouvert sur la piste empoussiérée, à l’arrière du pickup.
  • Ecouter le silence plaisant d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter les chants d’oiseau d’un lieu sans électricité et sans moteur
  • Ecouter le vent faire un bruit feuillu dans les canisses
  • Ecouter le « houuu » puissant chaque midi; cri signifiant que le repas est prêt et que les travaux doivent se mettre en pause
  • Ecouter les brebis manger les branches coupées d’olivier, de salsepareille et de myrte
  • Ecouter le bruit de l’air, quelques dizaines de secondes après le passage d’un avion à basse altitude, qui fait comme une ligne de fouet venteux (le lieu est à 500m de l’aéroport de Figari).
  • Ecouter le feu éblouissant quand on ajoute un tas de branches sèches et croquantes

 

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  • Apprendre ce que sont une houe et une serfouette
  • Apprendre à vivre sans horaire mais seulement avec le soleil
  • Apprendre à bricoler sans l’aide d’énergie non humaine et faire des trous à la chignole
  • Apprendre à vivre en commun tous les jours avec 10 personnes
  • Apprendre à regarder et dessiner
  • Apprendre à se comporter sans argent et en pleine autonomie
  • Apprendre à ne pas vomir quand on vide des toilettes sèches
  • Apprendre à faire de la voile avec un mentor qui a une voix à 20 décibels et un accent allemand
  • Apprendre à vivre comme un homme raisonnable et en harmonie avec son environnement
  • Apprendre, puis se taire

 

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